Cinquième prédication de Carême : s’ouvrir à l’action du Saint Esprit

Le P. Raniero Cantalamessa, ofm cap., prédicateur de la Maison pontificale, a donné sa cinquième prédication de carême sur le thème « Orient et Occident face au mystère du salut ». Après étudié comment les latins et les grecs voient les mystères de la Sainte Trinité, de la personne du Christ et de l’Esprit Saint, il termine ce cycle de conférences par « le problème du salut ». Il s’agit donc ici d’analyser « comment l’orthodoxie et le monde latin ont compris le contenu du salut chrétien ». Le P. Cantalamessa met d’abord l’accent sur la différence la plus communément mentionnée : « Le but de la vie visé par les chrétiens grecs demeure la divinisation. Celui que poursuivent les chrétiens d’Occident est l’acquisition de la sainteté ». Ainsi, de manière générale, on considère que « l’Orient a reçu l’élément positif du salut : la déification de l’homme et le rétablissement de l’image de Dieu ; l’Occident a reçu l’élément négatif, la délivrance du péché. ». Cependant, pour le P. Cantalamessa, ce ne sont pas sur ces points que portent les principales différences, mais plutôt sur la compréhension du péché originel. En effet,  « pour les orientaux, le péché originel n’a jamais été vu comme une vraie « faute » héréditaire, mais comme la transmission d’une nature blessée et encline au péché. ». Ainsi, « pour les orientaux le but principal du baptême n’est pas d’enlever le péché originel, mais de délivrer l’homme de la puissance du péché en général,bapteme de restaurer l’image de Dieu que l’on a perdue et d’insérer la créature dans le nouvel Adam qu’est le Christ. ». Pour les latins, la doctrine de St Augustin sur le péché originel a « fait en sorte que le baptême apparaisse essentiellement comme une délivrance du péché originel, si bien que l’aspect négatif qui consiste à délivrer du péché originel, a toujours pris le dessus sur l’aspect positif du don de l’Esprit Saint. » Ainsi, pour le P. Cantalamessa, il y a une « asymétrie de fond entre la conception du salut orientale et occidentale : en Orient, la théologie, la spiritualité et la mystique sont unies ; on ne conçoit pas une théologie qui ne soit pas également mystique, c’est-à-dire expérientielle. Ce n’est pas le cas en Occident où il y a une néfaste séparation entre la théologie et la spiritualité ».

Comme dans ses autres prédications, le P. Cantalamessa a ensuite mis en évidence la complémentarité des points de vue orientaux et occidentaux. Pour lui, « si la doctrine orientale, avec sa très haute idée de la grandeur et de la dignité de l’homme à l’image de Dieu, a mis en lumière la possibilité de l’incarnation, la doctrine occidentale, en insistant sur le péché et sur la misère de l’homme, a mis en lumière sa nécessité. […] Les deux instances sont toutes deux légitimes et nécessaires ». Cependant, en « accentuant l’abondance du péché pour exalter la surabondance de la grâce », « cette dernière a pratiquement fini par se réduire à sa seule dimension négative de remède au péché », créant une « lacune dans la doctrine occidentale du salut ». Le P. Cantalamessa relève alors que « c’est sur ce point précisément que l’on assiste depuis longtemps maintenant à un changement historique » à travers le renouveau charismatique. Reprenant les paroles de Paul VI, il explique que lui-même voit ce holy_spirit_as_dove_detailmouvement comme « une chance pour l’Église ». Pour lui, en effet, ce mouvement « permet de remonter la pente et de rendre au salut chrétien le riche et exaltant contenu positif, résumé dans le don de l’Esprit Saint. La vie chrétienne retrouve son but principal qui est, comme disait Saint Séraphin de Sarov, « l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu ». Et il insiste : dans ces mouvements, « même l’image qu’on donne de la vie chrétienne est différente : il s’agit d’un christianisme joyeux, contagieux, qui n’a rien du sombre pessimisme que Nietzsche lui reprochait. ». En conclusion, il a encouragé à accueillir ce courant de grâce : « il ne s’agit pas d’adhérer à ce mouvement – ou à aucun mouvement –, mais de s’ouvrir à l’action de l’Esprit, quelles que soient les conditions de vie dans lesquelles on se trouve. »

Être joyeux et rester ouvert à l’action du Saint Esprit ? Une bonne piste pour bien vivre notre Semaine Sainte et accueillir la joie de Pâques.

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